A- A A+

Mémoires, imaginaires, représentations

Axe diachronique : l’histoire des mémoires collectives

Il s’agit d’analyser les modes de fonctionnement diachronique des représentations, de rendre compte de leur impact en termes évocatoires et mémoriels, des transformations du monde de la connaissance et des mutations conceptuelles. À cet égard, les sources archéologiques, archivistiques, littéraires, iconiques, musicales, etc. sont interrogées tant pour elles-mêmes qu’en regard du processus de relecture du passé en fonction du présent et des élaborations identitaires (individuelles et collectives) qu’elles induisent. Car les mémoires collectives ne sont pas incrustées dans un passé définitivement révolu, mais au contraire évoluent pour se rejouer dans le présent. Les mémoires, en tant que représentations, interprètent et reconstruisent la réalité passée pour permettre une compréhension de soi et du monde, assurer des valeurs communes imposant des comportements et garantir une estime de soi (au prix, parfois, de distorsions, d’inversions ou d’occultations). La mémoire collective, en tant qu’elle sélectionne certains éléments plutôt que d’autres, est faite d’oublis. Par ailleurs, en tant qu’elle est socialement partagée, elle se veut consensuelle et suppose un travail d’homogénéisation des souvenirs. L’enjeu de la mémoire n’est pas l’événement comme tel, mais le sens qu’il contient pour la collectivité, sa cohésion, son identité présente et ses projets d’avenir.

Axe synchronique : l’analyse des représentations

L’analyse s’attache aux productions culturelles (textuelles, iconiques, monumentales, musicales ou mixtes) en tant que supports des représentations mentales nourries par l’héritage mythique, religieux, historique, etc., et constamment réactivées dans les faits de société. Ce réseau sémantique interactif, désigné par l’école d’anthropologie culturelle française sous le terme des « imaginaires », se superpose au réel pour lui octroyer une structure signifiante, tant au niveau de l’interprétation individuelle que collective. Cette structure est souvent présente en filigrane et son pouvoir de mobilisation est d’autant plus fort qu’elle reste en deçà du niveau de conscience ; l’analyse des composantes anthropologiques, structurelles, esthétiques, contextuelles des images (verbales, iconiques, etc.) et des paysages monumentaux vise à comprendre leur force de conviction, utilisée dans les stratégies culturelles, politiques, commerciales, etc.

Le thème présente à la fois une grande cohérence en matière de recherche pointue dans les différentes disciplines concernées, et de facto stimule la recherche interdisciplinaire, et les échanges interacadémiques. Par ailleurs, cette approche thématique permet l’intégration et l’interaction de toutes les périodes traditionnelles de l’histoire. C’est pourquoi, la perspective envisagée relève de différents domaines d’études qui se retrouvent au travers des séminaires pluridisciplinaires.

De par ces objectifs, le module Mémoires, imaginaires, représentations (MIR) a pour spécificité d’offrir, en plus des accompagnements disciplinaires des doctorants, l’inscription des recherches dans une dynamique scientifique interdisciplinaire qui vise à aborder la problématique des représentations dans une perspective systémique : il s’agit de rapprocher les champs des études antiques et médiévales (qui interrogent les sources) avec la modernité (qui atteste tant des permanences imaginaires que des mutations conceptuelles et esthétiques des représentations), et fait se croiser les domaines de la littérature et des arts (structures représentationnelles analysables) avec l’archéologie et l’histoire (qui interrogent les traces mémorielles des événements et témoignent des formes d’efficacité des imaginaires dans le réel).